mardi 22 août 2017

SAMEDI 23 SEPTEMBRE



14h CHUT!... On fait du bruit
Atelier Bruitage animé par Alain Platiau et Noëlle Guichard
Pour tout public à partir de 7 ans, (pas d’obligation d’inscription)
Pourquoi a-t-on besoin d’un bruiteur au cinéma? Démonstration de bruitages   
Bruitage vidéo réalisé par une quinzaine de participants volontaires.    


14h Demain et tous les autres jours
De Noémie Lvovsky
avec Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric
(France 2017 - 1h31)

Ouverture, Festival de Locarno 2017
avant première

Bande annonce

Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C’est l’histoire d’un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte.


16h15 Quel cirque !
Collectif, Tchécoslovaquie, 1957-1983, 35min,
couleur, animation, sans paroles Version restaurée 
à partir de 3 ans - avant première



Le petit parapluie réalisé par Bretislav Pojar
Deux cœurs en piste réalisé par Zdenek Ostrcil
Monsieur Prokouk acrobate réalisé par Karel Zeman
Un programme de trois courts métrages consacré à l’univers du cirque, trois regards poétiques, tendres et drôles, réalisés par de grands auteurs du cinéma d’animation tchèque.

Goûter après la projection







17h30 La Belle et la meute 
de  Kaouther Ben Hania
avec Mariam Al FerjaniGhanem ZrelliNoomane HamdaMohamed AkkariChedly ArfaouiAnissa DaoudMourad Gharsalli
(TunisieFranceSuèdeNorvègeLibanQatarSuisse 2017 - 1h44)
Cannes 2017 Un certain regard
avant première - rencontre avec la réalisatrice



bande annonce

Lors d'une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. 
Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. 
Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?








20h45 Jeune femme 
de Léonor Serraille
Avec Laetitia DoschGrégoire MonsaingeonSouleymane Seye Ndiaye plus
(France, Belgique - 1h 37min)
Cannes 2017 Caméra d’Or

avant première - rencontre avec Laetitia Dosch



rencontre avec Leonor Ferraille et Laetitia Dosch

Incarnée avec fougue par la géniale Laetitia Dosch, l'héroïne un peu brindezingue de ce premier film d'une inconnue de 31 ans (Léonor Serraille), débarque à Paris pour tenter de faire ou refaire sa vie. Un portrait de femme d'aujourd'hui, d'une grande liberté et d'une grande crudité, traversé de scènes burlesques hilarantes.

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ.



DIMANCHE 24 SEPTEMBRE




11h 
Elle t’aimera pas même à cent ans 
de Sara Chai
(7’, archives ECPAD)

« Je suis né le 11 janvier 1944 à Sebdou, grosse bourgade de l’ouest algérien, au sud de Tlemcen. Dès 1956 le quartier est entièrement contrôlé par le FLN. Les rumeurs de la guerre restent lointaines à mes oreilles. Un jour de juin 1960, je suis embauché dans la harka du 2e régiment d’étrangers parachutistes. »
rencontre avec la réalisatrice


Soleil Ô
de Med Hondo
avec Yane Barry, Bernard Bresson, Greg Germain
(France 1973 - 1h38)
Cannes Classics 2017
avant première de réédition
Restauration Martin Scorsese
rencontre avec le réalisateur et Tanguy Peron



Dans une colonie française non identifiée en Afrique de l'Ouest, les hommes noirs s'alignent devant un prêtre blanc pour le baptême et le « renommage, » la première étape d'un processus qui les déracine et les subjugue simultanément. En France, les noirs coloniaux, encouragés par la propagande, viennent chercher une vie meilleure. Ce qu'ils trouvent, c'est le chômage ou une poignée d'emplois «sales», des conditions de vie inacceptables, un racisme nu et une indifférence bureaucratique. En cherchant un nouveau langage, Med Hondo a évité tout récit conventionnel. Des séquences d'ouverture stylisées et surréalistes aux aventures épisodiques d'un homme particulier, le réalisateur présente une série de pièces imaginatives, reliées par le narratif vocal, qui étudient et dramatisent un ensemble de thèmes interdépendants. Une attaque cinglante contre le colonialisme, le film est également un exposé choquant du racisme et un acte d'accusation brutal et ironique des valeurs capitalistes occidentales.



14h Dans la forêt enchantée de Oukybouky
De Rasmus A. Sivertsen

(Norvège - animation - 2016 - 1h12)

teaser

Il fait bon vivre dans la Forêt de Oukybouky. Pourtant, les souris Lucien et Sam la Vadrouille, Maître Lièvre et la Famille Écureuil doivent rester prudents car certains voisins ont parfois le ventre creux et les dents longues... Quand Marvin le Renard et Horace le Hérisson tentent de croquer Lucien et sa grand-mère, les habitants de la forêt décident d’agir. Mais comment persuader Marvin et Horace qu’ils devront désormais remplir leurs assiettes avec des noisettes ?

Atelier coloriage géant après la projection
Réservation souhaitable à : amelie.desserre@montreuil.fr





15h30 Le Bleu, blanc, rouge de mes cheveux
de Josza Anjembe
avec Grace Seri, Augustin Ruhabura, Mata Gabin
(France 2016 - 21 mn)
avant première - rencontre avec la réalisatrice



À dix-sept ans, Seyna, une adolescente d’origine camerounaise, se passionne pour l’histoire de la France, le pays qui l’a vue naître et dont elle est profondément amoureuse. Son baccalauréat en poche et sa majorité approchant, Seyna n’aspire qu’à une chose : acquérir la nationalité française.











Kiss and cry
de Chloé Mahieu, Lila Pinell
avec Sarah Bramms, Xavier Dias

(France 2017 - 1h18)
rencontre avec les réalisatrices

extrait


Sarah, 15 ans, reprend le patin de haut niveau au club de Colmar, sans trop savoir si elle le fait pour elle ou pour sa mère. Elle retrouve la rivalité entre filles, la tyrannie de l’entraineur, la violence de la compétition





18h L’Atelier 
de Laurent Cantet
avec Marina Foïs , Matthieu Lucci
(France 2017 - 1h54)
Cannes 2017 Un certain regard
avant première - rencontre avec le réalisateur


extrait


Le cinéaste palmé en 2008 pour “Entre les murs” propose une nouvelle immersion dans une classe traversée par tous les troubles de la société francaise. Elle est cette fois constituée de jeunes adultes en atelier d’écriture, avec Marina Foïs pour enseignante.
La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire…



21h Happy End
de Michael Haneke
avec Isabelle Huppert, Toby Jones, Mathieu Kassovitz 
(France,Autriche - 1h 50min)
avant première - présenté par Philippe Rouyer (critique)


Extrait


"Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles." Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Aujourd’hui, Haneke est de retour avec une charge (assez chabrolienne sous certains atours de la mise en scène) contre la bourgeoisie, en filmant une grande famille d’industriels du nord de la France (Calais). Ils sont tous horribles bien sûr. En tout cas selon les critères de Haneke : ils contournent les lois, souffrent de perversions sexuelles, n’ont pas de coeur. La cruauté est dans leur sang vicié (théorie qui va à l’encontre de toute pensée scientifique actuelle). Le grand-père (Tringnant) comme sa petite fille sont des sadiques et des manipulateurs absolus. Happy end retravaille sans vraiment les faire progresser des thèmes déjà joués chez Haneke, et se présente quasiment comme une sorte de compile de ses obsessions (l’euthanasie, les images modernes, le mal, l’histoire, etc.). Il livre un film tout aussi glaçant que ses personnages, et glacé comme du papier de revue de luxe. 
Les inrocks

JEUDI 21 SEPTEMBRE

18h Les Visiteurs du square
de Robert Doisneau
avec Attali,Grégori Baquet, Fabienne Chaudat, Adrien Delange, Alice Dessuant, Clara Dessuant, Sara Gautier, Garance Giachino, Olivier Siou, Arthur Spinelli, Jane Val, Paul Vally
Court métrage
(France 1993  - 7 mn)

Un square paisible des bords de Seine, fréquenté par des personnes âgées, des mères de famille et leurs enfants, voit sa tranquillité troublée par l'arrivée d'un jeune homme impudent qui lance dans le jardin une petite voiture télécommandée.


Au revoir là haut 
de Albert Dupontel
avec Albert DupontelLaurent LafitteNahuel Pérez BiscayartÉmilie DequenneMélanie Thierry
d'après le roman éponyme de Pierre Lemaitre Prix Goncourt en 2013
(France 2017)
avant première

bande annonce




Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..




20h30 Numéro une 
de Tonie Marshall
avec Emmanuelle Devos, Carle Bouquet, Richrd Berry, Sami Frey
(France 2017 - 1h50)
avant première - rencontre avec la réalisatrice





Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l'énergie, jusqu'au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d'influence lui propose de l'aider à prendre la tête d'une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d'ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s'annonçait exaltante, mais c'est d'une guerre qu'il s’agit.

VENDREDI 22 SEPTEMBRE



18h Carré 35
d’Eric Caravaca, 
(France - 1h 07min)
Documentaire
Cannes 2017 sélection officielle
avant première - rencontre avec le réalisateur

la bouleversante autopsie d’une névrose familiale
A l’âge de 3 ans, la sœur d’Eric Caravaca, Christine, est morte. Un drame longtemps caché par sa famille. Dans un documentaire intime Eric Caravaca mène l’enquête, entre la France et le Maghreb. Pour conjurer les fantômes du passé et redonner à Christine “la vie qui lui avait été enlevée”.

Eric Caravaca le dit lui-même avec humour : il est « un retour de couches », né treize mois seulement après celui qu’il a longtemps cru être son seul frère. Il y avait pourtant une sœur aînée, morte à l’âge de trois ans, bien avant leur naissance. Chez les Caravaca, on ne parlait jamais de Christine. Il ne restait aucune trace de la fillette – toutes ses photos avaient été détruites. Pourquoi un tel secret ? La réponse est à découvrir dans Carré 35, le beau film que le comédien et cinéaste vient de présenter en séance spéciale au Festival de Cannes. Un documentaire à la première personne sous forme d’autopsie d’une névrose familiale. Soixante-sept minutes bouleversantes qui redonnent à Christine « la vie qu’elle n’a pas eue et la vie qui lui avait été enlevée une deuxième fois en la niant ».



Carré 35 est un lieu qui n’a jamais été nommé dans ma famille ; c’est l’emplacement de la concession où se trouve le caveau de ma sœur aînée, morte à l’âge de trois ans. Cette soeur dont on ne m’a rien dit ou presque, et dont mes parents n’avaient curieusement gardé aucune photographie. C’est pour combler cette absence d’image que j’ai entrepris ce film. Croyant simplement dérouler le fil d’une vie oubliée, j’ai ouvert une porte dérobée sur un vécu que j’ignorais, sur cette mémoire inconsciente qui est en chacun de nous et qui fait ce que nous sommes.



20h30 Le jeune Karl Marx
de Raoul Peck
avec avec August Diehl, Stephen Hogan, Niels- Bruno Schmidt, Ulrich Brandhoff, Stefan Konarske
franco-germano-belge 2017  - 1h58
avant première - rencontre avec le réalisateur




bande annonce


1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s'organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. 
Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. 
Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer". Entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent.



dimanche 30 juillet 2017

L’affaire Okja

Stéphane Goudet : “On peut parfois ouvrir les salles aux films et séries 

produites par la télé quand cela fait sens”

  • Stéphane Goudet
  •  
  •  Mis à jour le 18/07/2017 à 15h40.

  • Le directeur artistique du Méliès à Montreuil est l'un des rares exploitants à avoir projeté “Okja”, le film Netflix de Bong Joon-ho. Il explique ici pourquoi et réagit à la tribune publiée par le distributeur Jean Labadie dans Telerama.fr, “Dix solutions pour aider le cinéma en salle”.
    Maître de conférences à l’université Paris 1, Stéphane Goudet est critique à Positif et directeur artistique du cinéma Méliès à Montreuil, qui vient de franchir les 500 000 entrées vingt mois après son ouverture. Il revient sur les raisons qui ont conduit ce complexe art et essai public, à diffuser Okja, le film de Bong Joon-ho produit par Netflix, fin juin, et en tire quelques leçons sur l’ouverture de la salle de demain aux œuvres définies a priori comme « non cinématographiques ». Avant d'aborder la modification de la chronologie des médias proposée par le distributeur Jean Labadie dans sa tribune publiée par Telerama.fr, “Dix solutions pour aider le cinéma en salle”.

    “L’affaire Okja”

    Fallait-il diffuser Okja sur grand écran, après le scandale provoqué par sa sélection en compétition officielle au dernier festival de Cannes ? Telle aura été l’une des questions les plus commentées et médiatisées des derniers mois dans le champ de l’exploitation française. A cette question pourtant, la très grande majorité des salles de cinéma n’a pas eu à répondre. Echaudé par la menace (non mise à exécution) de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) de ne pas du tout distribuer de places aux exploitants pour voir le film sur la Croisette, perturbé, peut-être, par le refus du Centre national du cinéma (CNC) d’attribuer au dernier film de Bong Joon-ho (Memories of MurderSnowpiercer) un visa provisoire pour permettre quelques projections exceptionnelles payantes d’Okja, Netflix n'avait retenu que 6 lieux de projections publiques et gratuites pour toute la France, à Nantes, Bordeaux, Paris et Montreuil, dans le cadre exclusif des festivals organisés par Capricci et la revue So Film.
    Le week-end précédant la projection fixée au 28 juin, les deux salles parisiennes se désistèrent, la première (le Forum des images) en invoquant des « raisons techniques », la seconde (le Max Linder) pour ne pas être la toute dernière salle intra muros à diffuser le film qui faisait polémique. En région parisienne, Le Méliès de Montreuil se retrouva donc seul à montrer ce film qu’on peut considérer comme l’un des plus stimulants de la dernière compétition cannoise. Le résultat ne se fit pas attendre. Après floraison des articles dans la presse, 560 spectateurs remplirent les deux grandes salles de ce complexe art et essai public de 6 salles et 1170 fauteuils. Phénomène inespéré : plusieurs dizaines de personnes refoulées à l’entrée se rabattirent, faute de places, sur les quatre autres films programmés ce même soir (le coréen Sans pitié inclus), faisant bénéficier aux films et aux distributeurs des salles voisines de l’attractivité d’Okja, produit par Netflix… Mille cinq cents soixante spectateurs vinrent ce jour-là au Méliès, établissant un nouveau record pour un mercredi estival.
    Les spectateurs, très majoritairement âgés de 18 à 30 ans, soit très exactement la tranche d’âge que touchent le moins les salles art et essai, visiblement ravis d’être présents, firent une fête au film, à la salle et à l’équipe. Un site dédié au cinéma coréen diffusa même le lendemain les images de cet accueil euphorique, les adressa à Bong Joon-ho, qui répondit au site : « C’est réellement touchant et énorme. Je ne sais pas ce que je peux dire à ces publics magnifiques. MERCI BEAUCOUP ! [en français dans le texte]. Je vous enverrai bientôt une réponse vidéo »… Carton plein donc, et satisfaction générale ? Eh non ! Quelques exploitants, désireux d’afficher à tout prix leur résistance au surpuissant Netflix, dénoncèrent cette séance unique et y virent une « violation de la chronologie des médias », voire un « enterrement de l’exploitation privée indépendante ». Diantre ! 

    Défendre une réelle diversité des œuvres et des auteurs

    « Il est vrai que le patron de Netflix, Reed Hastings, a pris position contre cette règle précieuse mais appelée à évoluer, qui impose, pour préserver le prestige et l’exclusivité des salles obscures, des sorties différées sur les autres supports (Vidéo à la demande et DVD/Blu-Ray à 4 mois, Canal + à 10 mois, chaînes de télé coproductrices à 22 mois, les autres chaînes à 30 mois et VOD par abonnement comme Netflix à 36 mois). Cependant, les séances uniques (a fortiori gratuites) au cinéma ne sont en aucun cas des contournements de la loi, ni des alternatives économiques au modèle français, mais bien des séances encadrées, assez communes, consacrées à des œuvres ou programmes non produits pour le cinéma (téléfilms, séries, vidéo art, etc.), séances auxquels le CNC accorde toujours d’ordinaire des visas provisoires. Parfois même, un distributeur décide de sortir ces œuvres-là en salles après leur diffusion télévisuelle, de Marius et Jeannette de Guédiguian et Les Roseaux sauvages de Téchiné au récent et formidable I’m not your Negro, de Raoul Peck, en passant par Carlos d’Assayas et P’tit Quinquin et, à la rentrée, Jeannette de Bruno Dumont, et personne n’a jamais songé à s’en plaindre sérieusement. Car le grand écran est le milieu naturel où s’épanouissent ces œuvres.
    N’est-ce pas précisément l’une des significations du film Okja ? Ne raconte-t-il pas, ce film que Bong Joon-ho voulait voir sur grand écran, l’histoire d’une nouvelle façon de produire de la viande (et des films), hors sol, en batterie voire en laboratoire, de produire donc plus gros, plus spectaculaire, avec plus de moyens, pour plus de saveur et d’attraits ? Or le résultat est que nombre de films ainsi financés, venus du monde entier mais artificiellement dopés aux OGM, finiront à l’abattoir sans même avoir été vus… C’est le principe même de la plateforme, à entendre littéralement : tout y est supposé se valoir. C’est le contraire même d’une salle de cinéma éditorialisée qui choisit ses œuvres, détermine la meilleure façon de communiquer à leur sujet et les met en valeur en organisant régulièrement des rencontres entre son public et les réalisateurs ou des interventions pour éclairer les films de points de vue historiques, esthétiques, sociaux ou politiques.
    En d’autres termes, la truie Okja ne peut s’épanouir que dans les verts pâturages bio du pays de Mija, son amie et éleveuse, digne représentante des exploitants de cinéma indépendants. Et puis, soyons sérieux, qui aura fait le plus de publicité à Netflix ? Les deux directions du Méliès de Montreuil et de l’Utopia Bordeaux qui ont diffusé une fois Okja sur grand écran pour ses qualités cinématographiques et sa dimension allégorique ? Ou ceux qui ont signifié, dès le festival de Cannes, leur hostilité à la plateforme, et qui ont, parfois, appelé au boycott des deux salles évoquées ? De ces quelques castors grand format, on attend évidemment, par souci de cohérence, qu’ils refusent de programmer, s’il peut être projeté en salles, le prochain blockbuster produit par Netflix, signé Martin Scorsese.
    Toutes les études publiées depuis deux ans sur la salle de cinéma de demain évoquent la nécessité pour faire vivre ces lieux plus intensément et maintenir leur attractivité pour toutes les générations, d’ouvrir la programmation au-delà du cinéma. L’ouvrir parfois aux films et séries produites par la télévision quand cela fait sens (nous montrerons Twin Peaks au Méliès si la possibilité nous en est offerte) ; l’ouvrir aussi, et c’est déjà évidemment le cas de très nombreuses salles, à des concerts, spectacles, représentations théâtrales ou événements sportifs et autres compétitions de jeux vidéo. Est-ce choquant ? Non. Car il est du devoir des exploitants de travailler aussi sur la façon dont les spectateurs vivent leurs émotions et partagent l’espace de leurs salles. Tout est ensuite affaire de proportions et de priorités. La nôtre est d’encourager la curiosité et la créativité, en défendant une réelle diversité des œuvres et des auteurs. La déferlante de séances spéciales annoncée au début des années 2010 puis au moment du passage au tout numérique n’a pas eu lieu. Car ces séances consacrées au « hors film » ont vocation à n’être que très exceptionnelles et, c’est heureux, ne touchent leur public qu’à cette condition.
    Autre tabou sous-jacent à cette « affaire Okja », comme la qualifie Télérama : est-il choquant de discuter d’une modification de la chronologie des médias ? Non. Faut-il pour autant en qualifier le principe d’obsolète et la vouer aux gémonies ? Evidemment pas. 

    Complémentarité des médias

    Jean Labadie propose de ne pas avancer le passage les films à la télévision (n’en déplaise à Canal +), mais d’adapter la fenêtre VOD, en créant une salle virtuelle, avec billetterie CNC, gérée par l’exploitant local, afin de « faire disparaître le vide entre l’arrêt des salles et l’exploitation VOD ». On voit mal à cette heure comment se définirait le périmètre de l’accès aux films et plus encore comment fonctionnerait la prise de décision de mise en ligne et la remontée de recettes dans les cas innombrables où les exploitants seraient nombreux à travailler sur un même territoire. On pourrait craindre également que des pressions se fassent jour pour réduire l’exposition des films en salles afin de privilégier leur mise à disposition plus rapide sur Internet. Mais cette question de la complémentarité de la salle et de la VOD, de l’implication même des exploitants dans l’accès aux films sur le Web, mérite d’être posée, là encore sans dogmatisme.
    Jean Labadie termine son texte fort stimulant par un appel à « réveiller la cinéphilie » et on lui donne évidemment raison. Et le dirigeant du Pacte de préciser : « Cela passe par les ciné-clubs dans les écoles, mais aussi par la télévision publique ». On ajoutera que cela doit passer aussi par un effort des salles art et essai en matière de pédagogie et d’accompagnement des films par des conférences régulières initiant au cinéma. Mais à l’heure où l’on évoque la disparition probable du légendaire Cinéma de minuit sur France 3, nous devrions également exiger du nouveau gouvernement et de la direction de France Télévisions à la fois la création d’un « Cinéma de 21 heures », diffusant du cinéma de patrimoine en tous genres à une heure de grande écoute, et la recréation d’une véritable émission pédagogique sur le cinéma, inspirée par l'excellent web-magazine Blow up de Luc Lagier et par les présentations des réalisateurs de la Cinétek. Misons là encore sur une complémentarité des médias, plutôt que de les concevoir, à l’ancienne, comme irréconciliables. »


  • dimanche 23 juillet 2017

    19 AOÛT 120 battements par minute

    SAMEDI 19 AOÛT 20H
    120 battements par minute
    de Robin Campillo
    (France - 2017 - 2h20)
    avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel
    Grand Prix du jury, Cannes 2017
    AVANT-PREMIÈRE + RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR 

    Bande annonce


    Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par laradicalité de Sean.
    Torrent de larmes ne dit pas bon film mais il se trouve que ce récit au coeur de l’activisme d’Act up trouve une distance étonnamment empathique et froide pour embrasser aussi bien la ferveur du groupe que la singularité des individus qui le composent. On entre dans 120 battements tel des novices assistant à leur première réunion du groupe. On est ici dans un mouvement de jeunesse, composé de garçons et de filles lesbiennes, pédés, trans, séropos ou non. Il y a aussi une mère de famille et son fils ado contaminé par transfusion de sang. Mais on est aussi dans le passé, c’est-à-dire avant la circulation des « leaks » et des informations via les réseaux sociaux, avant la levée de
    mouvements protestataires par Facebook ou envois de mail. Tout est plus difficile, plus caché, plus lent, pour obtenir des résultats transitoires pour un nouveau médicament par un labo, pour mobiliser les médias, pour recruter des militants etc. Le film est donc aussi drapé dans cette histoire ancienne dont on est encore les contemporains au coeur d’une époque qui va vite et souvent oublie tout.
    Robin Campillo lui n’oublie rien. Il a été militant Act Up, il en a gardé les vifs souvenirs, les joies saines de l’action d’éclat et la douleur des deuils trop précoces. Le film procède par grands blocs de prises de paroles dans l’enceinte d’un amphi où les gens ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde sur les priorités, les modalités activistes. Qu’est-ce qu’on fait pour être plus efficace ? Etre sérieux, crédible, mesuré ? Ou au contraire, passer la mesure, choquer, réveiller les esprits quitte à leur faire perdre toute contenance ? Un des trucs inventé par Act Up consistait à jeter des poches de faux sang sur des décideurs de labo, des hommes politiques inertes ou trop timorés, des prêtres
    réacs et homophobes…
    On a perdu l’usage de ce modèle de violence qui tâche et ne fait de mal à personne, à moins que
    la farine et les oeufs dont on brocarde les politiques en soient un héritage plus popote.
    Le film évoque bien cette effervescence d’une agora galvanisée par la pression du temps qui
    manque et par l’humour folle qui parfois fuse quand il s’agit de trouver les bons slogans pour
    la gay pride. Deux personnages se dégagent peu à peu du groupe en une idylle nouée par le désir
    et l’angoisse entre le radical Sean) et de plus ombrageux Nathan, le premier est malade, le
    second n’est pas infecté. La montée de sève est aussi une oraison à l’existence injustement
    ruinée par le silencieux travail de sape du virus que l’écran modélise en particules neigeuses
    s’agrégeant pour tuer.
    Didier Péron, Libération